Comme chaque année, une exposition de valorisation du patrimoine scientifique universitaire est présentée à l’Espace Culture. La fusion des trois universités lilloises est une occasion renouvelée de présenter un travail collaboratif et transversal autour de thématiques qui relèvent de la recherche et de l’enseignement universitaire. Nous mettons en valeur des trésors provenant des collections et bibliothèques de l’Université de Lille et pouvant remonter à l’Antiquité.

L’exposition « Sciences, croyances, éruditions » s’organise autour de textes, ouvrages, objets, iconographies… * mobilisés comme des preuves de l’origine et de la validité des savoirs enseignés : une statuette égyptienne unique permet d’interroger les mythes d’origine développés par cette civilisation ; des fossiles marins découverts dans les terres émergées retracent l’histoire de l’interprétation des âges de la Terre ; une dent de narval illustre le contexte qui a amené la croyance en l’existence des licornes ; un modèle de fœtus au 9e mois du docteur Auzoux pose une étape de la connaissance scientifique et sociétale autour de la grossesse ; un calorimètre Lavoisier-Laplace illustre l’activité d’une substance qui va s’avérer inexistante ; une maquette de la lunette astronomique de l’Observatoire de Lille, à partir de laquelle Robert Jonckheere a observé Mars, montre que les « canaux » de cette planète ont d’abord été observés et décrits par des astronomes, avant que ceux-ci puissent réfuter leurs interprétations au moyen d’images obtenues par des instruments plus puissants.

À partir de ces représentations et interprétations, l’exposition « Sciences, croyances, éruditions » permet de montrer que tout discours de vérité développe des croyances, et la science n’en est pas exempte. Ce qui nous a semblé important n’est donc pas uniquement comment se fait le passage de la croyance à la science, puisqu’il y a coexistence des deux, mais de pointer que les croyances ont pu féconder la science, et la science les croyances. La caractéristique de la science est d’être réfutable selon une méthodologie précise, qui peut varier selon les disciplines et l’état d’avancement des savoirs. À ce titre, la science est un brouillon perpétuel, dont il est important de garder les traces des différentes étapes. Les collections documentées d’objets, de modèles, de spécimens et les écrits

originaux sont des repères et des éléments de preuve qui assurent la légitimité des savoirs enseignés. La science est en perpétuelle évolution : c’est ce qui justifie la continuation quotidienne d’une recherche scientifique, œuvre collective des chercheurs constamment aux prises avec la contextualisation et la cumulativité des savoirs qu’ils contribuent à construire, à interroger, à modifier.

Sophie Braun,
Chargée du patrimoine scientifique, Université de Lille